☕️ Journal : Bourdonnements

Le temps est doux, le temps est long.
Les rayons du soleil réchauffent ma peau, posée en lieu inconnu. Les mouches volent dans toutes les directions, excitées par un printemps chaleureux.

Un vrombissement, une symphonie de battements d’huile, des bielles butineuses qui s’apprêtent à zigzaguer dans les paysages et leurs lacets bitumineux. Quelle liberté de voler en bande, de se mouvoir jusqu’au prochain début d’hydromel.

Le sol vibre, et mon corps par extension.
Le son envahit tout l’espace — recoins de murs, replis de feuilles et grammes de mon cerveau. Les falaises qui nous encerclent s’en bouchent les oreilles. Les pistons explosent plusieurs fois par seconde, et recrachent leur miel sous forme d’un gaz sonore.

Jésus me regarde, les yeux en étoile et les bras en croix de métal — si seulement il n’était pas cloué là.


Plus loin, propulsé par la force de mes jambes, un chemin de terre taille à travers champs. À nouveau encerclé — des haies fleuries cette fois. La mécanique musculaire ralentit, les pistons osseux grincent dans leur nouvel immobilisme. L’ouïe s’ajuste : elles sont au travail, à fendre l’air, sillonner les bars à pollen tout en orchestrant un ballet à doux décibels.

Je respire, souris, nourri par les parfums, douceurs et retentissements du métal qui annonce l’heure toutes les heures, et tous les quarts d’heure.

Au loin je distingue un clocher, une croix et un méandre de rivière qui dessine des lacets à l’infini.

Je suis bien.